Les falaises d’Ault marquent la frontière géologique entre la Picardie et la Normandie. Côté nord, la baie de Somme déroule ses vasières plates et ses prés-salés. Côté sud, la craie blanche plonge dans la Manche. Relier ces deux paysages à pied, c’est traverser un condensé du littoral nord-français en quelques heures de marche.
GR 120 entre Ault et baie de Somme : un réseau, pas un simple sentier
La plupart des descriptions de cet itinéraire côtier présentent une balade linéaire, un point A vers un point B. La réalité sur le terrain est plus souple. Le GR 120 fonctionne comme une colonne vertébrale sur laquelle se greffent plusieurs variantes selon votre niveau et le temps disponible.
Depuis Ault, vous pouvez descendre vers Cayeux-sur-Mer par le chemin des dunes, puis bifurquer vers la pointe du Hourdel. Vous pouvez aussi remonter vers le bois de Cise et Mers-les-Bains pour un tronçon plus escarpé. Chaque embranchement modifie la durée, le dénivelé et le type de sol.
Vous avez déjà remarqué qu’un même sentier peut sembler facile le matin et piégeux l’après-midi ? Sur ce littoral, c’est la marée et le vent qui dictent la difficulté, pas seulement le kilométrage. Un tronçon praticable à marée basse peut devenir inaccessible quelques heures plus tard.

Falaises d’Ault : les consignes de sécurité à connaître avant de partir
Depuis 2024, les restrictions d’accès au bord des falaises d’Ault ont été renforcées. Des sentes informelles, tracées par les promeneurs au fil des années, sont désormais à éviter. La craie est friable, les effondrements sont fréquents, et seuls les tracés balisés garantissent un passage sûr.
Cette évolution change la façon de préparer sa randonnée. Il ne suffit plus de suivre la trace la plus visible dans l’herbe. Les balises du GR 120 et les panneaux locaux indiquent les passages autorisés. S’en écarter expose à un risque réel de chute, surtout après des épisodes de pluie qui fragilisent la roche.
Points de vigilance sur le terrain
- Ne marchez jamais au bord immédiat de la falaise, même si le panorama est tentant. La craie peut céder sans signe avant-coureur, parfois sur plusieurs mètres de profondeur.
- Vérifiez les horaires de marée avant de descendre sur la plage de galets au pied des falaises. La remontée peut être coupée à marée haute.
- Privilégiez des chaussures à semelle crantée. Les passages crayeux deviennent glissants dès que l’humidité s’installe, y compris par simple brouillard marin.
- Consultez les arrêtés municipaux récents avant votre départ. Des portions du sentier peuvent être temporairement fermées après un éboulement.
Tronçon Cayeux-sur-Mer, Hourdel, Le Crotoy : quand le paysage bascule
En quittant les falaises d’Ault vers le nord, le décor change radicalement. Après Cayeux-sur-Mer et son long cordon de galets, le sentier du littoral rejoint la baie de Somme proprement dite. Le relief disparaît. Le sol devient sableux, spongieux par endroits.
Le contraste entre les falaises de craie et les vasières de la baie est ce qui rend cet itinéraire singulier. En une journée de marche, vous passez d’un paysage vertical à un horizon parfaitement plat où le ciel occupe les trois quarts du champ visuel.

La pointe du Hourdel constitue un point d’arrêt naturel. C’est l’un des meilleurs spots d’observation des phoques en baie de Somme, accessibles sans guide à condition de rester sur les sentiers balisés et de garder une distance raisonnable avec les animaux.
Au-delà du Hourdel, le sentier vers Saint-Valery-sur-Somme puis Le Crotoy longe des prés-salés où paissent des moutons. Ce tronçon est plat, sans difficulté technique, mais il faut compter sur la météo : le vent de face peut transformer une balade tranquille en effort soutenu.
Marche nordique sur le sentier côtier : tronçons adaptés et limites
Le sentier du littoral entre Ault et la baie de Somme attire de plus en plus de pratiquants de marche nordique. Tous les tronçons ne s’y prêtent pas de la même manière.
Les portions herbeuses sur le plateau au-dessus des falaises fonctionnent bien avec des bâtons équipés d’embouts adaptés. Le sol est souple, régulier, et la marche nordique y trouve un terrain idéal sur plusieurs kilomètres.
En revanche, les passages sur galets (notamment autour de Cayeux-sur-Mer) et les escaliers taillés dans la craie entre Ault et le bois de Cise sont explicitement déconseillés pour cette pratique. Les bâtons glissent sur les galets ronds, et les marches irrégulières augmentent le risque de torsion.
Adapter son parcours à sa pratique
Pourquoi ce choix de tronçon compte-t-il autant ? Parce que la nature du sol change tous les deux ou trois kilomètres sur cet itinéraire. Préparer un parcours adapté évite de devoir rebrousser chemin au bout d’une heure.
Pour la marche nordique, le segment le plus cohérent reste le plateau entre Ault et le bois de Cise, suivi du chemin qui descend vers Cayeux par l’intérieur des terres (en évitant le cordon de galets littoral). La section baie de Somme entre le Hourdel et Saint-Valery convient aussi, à condition d’éviter les zones de vase molle à marée montante.

Vélo en baie de Somme : la Vélomaritime comme alternative au sentier pédestre
Tout le monde ne souhaite pas parcourir cet itinéraire à pied. La Vélomaritime (EuroVelo 4) traverse la baie de Somme et passe à proximité d’Ault. C’est le moyen le plus rapide de relier Le Crotoy aux falaises sans voiture.
Des locations de vélo sont disponibles autour de la baie de Somme, notamment à Saint-Valery-sur-Somme et au Crotoy. La piste cyclable est en grande partie séparée de la route, ce qui la rend accessible aux familles. Le dénivelé reste modeste jusqu’à Cayeux, puis la route grimpe sensiblement en approchant Ault.
L’itinéraire à vélo ne remplace pas la randonnée sur le sentier des falaises (les vélos n’y sont pas autorisés), mais il permet de combiner les deux : rouler jusqu’à Ault le matin, marcher sur les falaises l’après-midi.
Ce qui distingue cet itinéraire côtier, c’est cette capacité à changer de registre en quelques kilomètres. Les falaises d’Ault offrent le vertige et la craie blanche. La baie de Somme propose l’immensité et le silence des vasières. Relier les deux à pied ou à vélo transforme une simple sortie en traversée de paysages qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur le littoral français.

